Les requins, pas si sanguinaires, menacés par l’homme

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Monaco (AFP) Le requin est-il cet effrayant prédateur de l’homme qui hante l’imaginaire collectif? Des experts réunis lundi à Monaco dressent un constat préoccupant: l’espèce, pas si meurtrière, essentielle aux écosystèmes marins, est en passe d’être exterminée par l’homme.

« Chaque année plus de 100 millions de requins sont tués, dont 60 millions pour récupérer leurs ailerons très prisés en Asie, notamment en Chine et à Hong Kong », souligne Robert Calcagno, directeur général de l’Institut océanographique de Monaco, qui avait rassemblé lundi scientifiques et associations environnementales.

« On peut penser que dans 10-20 ans, la population des requins va disparaître », s’inquiète le responsable. Or, « dans l’écosystème, les requins sont au sommet de la chaîne alimentaire, ils mangent des poissons malades et régulent les poissons carnivores ». « Sans eux tout s’écroulerait: l’océan serait plein d’algues et de méduses ».

La biologie spécifique des requins les rend vulnérables face à la surpêche: ces prédateurs des mers prennent leur temps pour se reproduire.

Au ban des accusés: la soupe aux ailerons de requins, plat traditionnel chinois et symbole de réussite sociale. L’explosion de la demande au sein de la classe moyenne entretient la pratique du « finning », qui consiste à découper leurs ailerons à bord des bateaux avant de rejeter les requins agonisants en mer.

La pratique, qui favorise la surpêche, commence à être plus encadrée. « Il n’y aura plus de découpe d’ailerons sur les navires européens », se félicite Nicole Aussedat, responsable française de « Shark Alliance », une coalition de 130 ONG européennes qui revendique six années de lobbying auprès des décideurs européens. Le « finning » pratiqué par l’Espagne et le Portugal vient d’être interdit au sein de l’Union européenne. Les requins pêchés seront débarqués entiers.

Elle évoque aussi quelques « avancées dans les mentalités en Chine, où certains hôtels ne veulent plus servir de soupe aux ailerons ».

Le requin est-il cet effrayant prédateur de l’homme qui hante l’imaginaire collectif? Des experts réunis lundi à Monaco dressent un constat préoccupant: l’espèce, pas si meurtrière, essentielle aux écosystèmes marins, est en passe d’être exterminée par l’homme.

Dépassionner le débat

Le message pourtant a encore du mal à toucher le grand public, nourri de films hollywoodiens peuplés de mâchoires assoiffées de sang. Et la médiatisation des décès de surfeurs, notamment sur l’île de la Réunion, n’est pas rassurante.

« Il y a une centaine d’attaques de requins par an dans le monde et moins de dix décès », tempère Robert Calcagno. Les méduses entraînent 50 décès par an, les frelons 500, les serpents 100.000, les moustiques véhiculant des maladies 800.000, les accidents de la route 1,2 million…

Sur 500 espèces de requins, 80% ne dépassent pas 1,60 mètre et ne sont pas dangereux. Seules six espèces, dont le grand requin blanc, présentent un risque.

« Le requin n’est pas ce tueur sanguinaire décrit dans +Les Dents de la mer+, ce n’est pas non plus un nounours inoffensif. La plupart du temps, il n’a pas envie de nous pourchasser », précise Robert Calcagno. « Le requin n’aime pas la chair humaine qui n’est pas assez grasse, il préfère les otaries ou les thons ».

Le requin est au centre d’une « explosion » de recherches depuis une quinzaine d’années, grâce à des nouveaux outils comme des balises, remarque Armelle Jung, biologiste marin.

Marc Soria, responsable depuis deux ans du programme « Charc », étudie ainsi l’écologie de leur habitat sur la côte ouest de la Réunion. Il suit 80 requins-tigres et requins-bouledogues, préalablement marqués, un travail qui a déjà permis de conclure que le risque pour l’homme n’était « pas permanent » mais circonscrit « à certaines périodes de l’année ».

Chez les surfers (cibles parfois trop mouvantes en eaux troubles) les règles de sécurité s’affinent. Le risque est aussi réduit par la présence d’apnéistes. Nathalie Van den Broeck, responsable d’une association environnementale de surfers, souligne que l’émotion forte à la Réunion ne doit pas « mener à un massacre de requins ».

Malgré les avancées, l’océanographe François Sarano se montre pessimiste sur l’image du requin auprès du grand public. « Dépassionner le débat est difficile », dans un monde « où l’on veut se couvrir contre tous les risques. » « Nous avons de moins en moins de contacts avec la vie sauvage, notre ignorance grandit », déplore-t-il.

AFP, 10 juin 2013

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