Le prélèvement de requins, « pas une solution efficace et radicale », selon Marc Soria

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SAINT-DENIS DE LA RÉUNION, 27 octobre 2013 (AFP) –
Marc Soria, chef de la mission d’étude sur les requins de La Réunion, a estimé dimanche auprès de l’AFP que si les prélèvements de squales « pouvaient avoir un effet à très court terme », il n’y avait « pas d’informations scientifiques montrant que c’était une solution efficace et radicale ».Question: Après l’attaque samedi d’un surfeur à l’Etang-Salé par un requin, des associations d’usagers de la mer réclament des prélèvements massifs. Est-ce une solution ?

Réponse: « C’est une façon de rassurer les gens. Les prélèvements peuvent avoir un effet à très court terme. Mais il n’y a pas d’informations scientifiques montrant que c’est une solution efficace et radicale. Les pêcheurs en ont tué une cinquantaine depuis un an dont une vingtaine dans le cadre d’un programme préfectoral mais ça n’a rien changé. Comme les requins se déplacent sur des longues distances, on ne les empêchera pas de venir. Qu’est-ce qui les fait réagir ? Pourquoi sont-ils là ? C’est la réponse à ces questions qu’il faut chercher. C’est en connaissant mieux leurs moeurs, leur biologie et leur intégration dans l’écosystème qu’on pourra prendre des mesures efficaces.

Pour l’heure nous continuons à récolter les données, à les traiter par des analyses mathématiques, statistiques. Il faudra encore un an pour en tirer des enseignements ».

Q: Comment expliquez-vous cette attaque survenue une nouvelle fois très près de la côte?

R: « On a constaté des pics de présence de requins très près du littoral pendant les périodes d’intersaison hiver-été et été-hiver. On s’est aperçu de ce phénomène après l’attaque du 8 mai, survenue entre été et hiver, à Saint-Gilles. On constate aujourd’hui que celle de l’Etang-Salé s’est produite entre l’hiver et l’été.

C’est une piste sérieuse pour tenter d’expliquer leur comportement. La variation de température en mer – 2 à 3 degrés ont été observés – joue certainement un rôle mais d’autres facteurs liés aux effets océanographiques (turbidité, courant, etc) ou à l’espèce, doivent aussi être étudiés.

Jusqu’à présent, la présence de requins très près des côtes pendant la période de transition entre les saisons n’avait pas été observée à l’Etang-Salé mais sur d’autres sites. Dès qu’on l’a su, on a prévenu tout le monde.

L’étude que nous menons depuis deux ans a aussi montré un comportement cyclique, avec la présence d’individus plus nombreux dans les eaux réunionnaises en hiver, sans doute liée à la période de reproduction où les requins sont plus agressifs.

Cette présence ne semble toutefois pas concerner l’ensemble des individus. Certains restent, d’autres partent. Le 27 août dernier, des pêcheurs de Madagascar ont attrapé un requin tigre, marqué en 2012 à La Réunion, à plus de 2.000 km de là. Le 21 septembre dernier, un satellite Argos a détecté un requin bouledogue, marqué six mois plus tôt à La Réunion, à une distance entre 150 et 450 km de l’île. C’est exceptionnel. C’est l’un des plus longs déplacements jamais observés chez cette espèce. »

Q: L’attaque de l’Etang-Salé est survenue à moins de 300 mètres d’un espace de baignade surveillée. Aurait-elle pu se produire dans cette zone où des dizaines de personnes étaient dans l’eau?

R: « Le requin attaque rarement des groupes, il préfère les proies isolées. Mais le requin est aussi un prédateur efficace et redoutable, difficile à cerner. Il n’est jamais là où on l’attend. On a eu un mal fou à en marquer 80 en deux ans.

Il ne m’appartient pas de juger des mesures de sécurisation prises par le préfet et les communes. Nous faisons un travail scientifique. Aux autorités et usagers d’intégrer nos résultats dans les mesures à prendre ou dans leur comportement. Très peu de requins ont été observés à l’Etang-Salé. Le risque était donc moindre qu’à Saint-Gilles même s’il n’était pas égal à zéro ».

Propos recueillis par Idris ISA

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