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Les raies Rhino : le poisson marin le plus menacé au monde

D’après les nouvelles évaluations de la Liste rouge publiées aujourd’hui par le Groupe de spécialistes sur les requins de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les grandes raies guitare (Giant guitarfishes) et les Rhinidae spp (wedgefishes ) collectivement appelées raies Rhino, sont maintenant les poissons marins les plus menacés dans le monde. Ces espèces de raies sont considérées comme étant en danger critique d’extinction, principalement à cause de la surpêche. Ces dernières étant ciblées pour les ailerons et leur chair.

Communiqué de presse IUCN Shark Specialist Group

Traduction ©Sauvegarde des Requins

Londres, 18 juillet 2019. D’après les nouvelles évaluations de la Liste rouge publiées aujourd’hui par le Groupe de spécialistes sur les requins de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les grandes raies guitare (Giant guitarfishes) et les Rhinidae spp (wedgefishes ) collectivement appelées raies Rhino, sont maintenant les poissons marins les plus menacés dans le monde. Ces espèces de raies sont considérées comme étant en danger critique d’extinction, principalement à cause de la surpêche. Ces dernières étant ciblées pour les ailerons et leur chair.

« Alors que les Grandes Raies Guitares et les Rhinidés dépassent les poissons scies dans la catégorie des « espèces les plus menacées », nous devons relever le défi de la mise en place de protections généralisées pour ces espèces qui sont jusqu’ici passées inaperçues des gouvernements et des défenseurs de l’environnement. », a déclaré le professeur Nicholas Dulvy, co-président de la SSG (Shark Specialist Group). « Regrouper ces 2 familles en 1 seule « Raies Rhino », était la première étape pour tenter de renforcer leur visibilité et de mieux faire connaître l’urgence de leur situation. »

Leurs nageoires sont prisées pour la soupe d’ailerons de requin. La chair est également appréciée et, dans certains cas, la substance gélatineuse présente dans leurs rostres passe pour un mets délicat. En conséquence, ces raies sont pêchées dans la plupart des eaux côtières chaudes du monde, notamment la mer Rouge, l’archipel indo-malais, le long de la côte indienne et au large de l’Afrique. Comme beaucoup d’autres raies et requins, ils ont un taux de reproduction relativement bas qui les rend particulièrement vulnérables à la surpêche.

« Nous avons évalué presque toutes les raies Rhino comme étant en danger critique d’extinction, sur la base de déclins de plus de 80% au cours des 30 à 45 dernières années », a déclaré le Dr Peter Kyne de l’Université Charles Darwin, coordinateur des autorités de la liste rouge SSG. « Deux espèces aux aires de répartition très restreintes – la Rhynchobatus cooki de l’archipel indo-malais et la Rhynchorhina mauritaniensis de Mauritanie – semblent sur le point de disparaître, tandis que l Glaucostegus cemiculus (Raie-guitare fouisseuse) a maintenant disparu de la majeure partie de la Méditerranée. »

La Méditerranée a la seule interdiction internationale de pêche au monde pour les raies Rhino. Cependant cette interdiction n’est pas encore bien respectée et seuls huit des 88 pays de l’aire de répartition imposent des mesures de conservation spécifiques.

 « La plupart des pêcheries qui ciblent ces raies sont mal surveillées, non réglementées et des pêches de plus en plus intensives», a déclaré Sonja Fordham, vice-présidente du SSG et présidente de Shark Advocates International, «Le développement des contrôles de capture et de commerce nécessaires pour inverser les déclins des Raies Rhino profitera également aux autres espèces marines et aux écosystèmes associés, ainsi qu’aux pêcheurs, à long terme. Pour commencer, nous avons besoin de protections de base immédiates pour les sauver de l’extinction. Le temps presse. »

Les raies Rhino sont proposées pour l’Annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), ce qui obligerait les Parties à réglementer les exportations en se basant sur des déterminations selon lesquelles les produits étaient issus de sources légales et durables. Les décisions concernant ces propositions ont lieu en août.

En savoir plus :

Dix-huitième session de la Conférence des Parties (2019)

CoP18 de la CITES : la France ne doit pas oublier les requins

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Credit: Peter Kyne. Caption: Bottlenose Wedgefish (Rhynchobatus australiae) after processing at Kota Kinabalu fish market, Sabah, Malaysia.

REQUINS : ÇA COMMENCE A SENTIR LE POISSON POURRI…

Petit rappel des faits tout d’abord.

En février de cette année une entreprise locale de transformation de poisson est accusée par un de ses anciens salariés d’avoir rejeté pendant plusieurs années tous ses déchets de poisson en mer, plus exactement dans la baie de Saint-Paul. Les faits se seraient produits entre 2010 et 2012. Conditionnés dans de gros sacs en polypropylène ou « big bag », immergés à moins de 1 mille de la côte, les déchets se retrouvaient ensuite, avec le courant dominant qui tire vers le sud, transportés rapidement tout au long de la côte ouest.

Tribune libre de Didier Dérand

Île de la Réunion, Saint-Joseph, le 18 juillet 2019

Petit rappel des faits tout d’abord.

En février de cette année une entreprise locale de transformation de poisson est accusée par un de ses anciens salariés d’avoir rejeté pendant plusieurs années tous ses déchets de poisson en mer, plus exactement dans la baie de Saint-Paul. Les faits se seraient produits entre 2010 et 2012. Conditionnés dans de gros sacs en polypropylène ou « big bag », immergés à moins de 1 mille de la côte, les déchets se retrouvaient ensuite, avec le courant dominant qui tire vers le sud, transportés rapidement tout au long de la côte ouest.

Sur la base de 12 à 14 « big bag » de 500kg tous les 10 jours, ce sont ainsi des centaines de tonnes de déchets qui auraient été déversés dans l’ouest de l’île, constituant un pôle d’attractivité sans précédent pour les requins.

Le but pour l’entreprise était clair : se débarrasser de ses déchets à moindre coût. Alors qu’elle donnait aux marins une petite monnaie de 30 euros par tonne de déchets évacuée, l’équarrissage lui serait revenu à 350 euros la tonne……

Déchets de poissons rejetés (ou non) en baie de Saint-Paul : la polémique

Témoignage vidéo du pêcheur

-Courrier des lecteurs : Que s’est-il passé dans la baie de Saint-Paul ?

J’ai eu la curiosité d’aller fouiller un peu les aspects réglementaires de ce dossier. Les résultats sont édifiants.

Pour des motifs de sécurité vis-à-vis du risque requin, le préfet de la Réunion a pris le 18 juillet 2012 un arrêté « interdisant le rejet en mer de produits de la mer à l’intérieur des 2.5 milles nautiques dans les eaux territoriales de la Réunion ».

Sachant cela, il convient déjà de séparer clairement :

– La période d’avant juillet 2012 de la période soumise à cet arrêté,

– Les activités de pêche à l’intérieur des 2.5 milles nautiques de celles qui se déroulent à l’extérieur de cette limite,

– Les déchets de poisson produits en mer (dans le cadre des activités de pêche) de ceux produits à terre (dans les usines de transformation du poisson).

Dans ce dossier interviennent au moins quatre types principaux de réglementations :

– L’arrêté préfectoral n° 1022 du 18 juillet 2012,

– Le règlement (CE) n° 1069/2009 du 21 octobre 2009 « établissant des règles sanitaires applicables aux sous-produits animaux et produits dérivés non destinés à la consommation humaine »,

– La convention de Londres de 1972 « sur la prévention de la pollution des mers résultant de l’immersion de déchets et d’autres matières », et son protocole de 1996,

– Le code de l’environnement.

Considérons tout d’abord le problème des déchets de poisson produits en mer (provenant de l’exploitation normale des navires, c’est-à-dire des activités de pêche).

Avant le 18 juillet 2012, leur rejet en mer était légal.

Depuis cette date, il ne l’est plus qu’au-delà de la limite des 2.5 milles nautiques, dans la mesure toutefois où les déchets proviennent bien « d’activités de pêche de navires conformes aux règlements (CE) n° 852/2004 et (CE) n° 853/2004 » relatifs à l’hygiène des denrées alimentaires (article 2.h du règlement (CE) n° 1069/2009).

En-deçà de cette limite, ils sont désormais assimilés à des sous-produits animaux au sens de la réglementation communautaire et doivent intégrer le même circuit de traitement que les déchets produits à terre (cf. ci-après).

Passons maintenant à la partie la plus sensible de ce dossier : les déchets de poisson produits à terre (dans les usines de transformation du poisson).

Les prescriptions du règlement (CE) n° 1069/2009 du 21 octobre 2009 s’appliquent exclusivement aux déchets de poisson produits à terre ou dans la zone des 2.5 milles nautiques soumise à l’interdiction définie par l’arrêté préfectoral du 18 juillet 2012.

Il s’agit de matières exclues de la consommation humaine et considérées comme des sousproduits animaux (articles 2.1.a et 3.1. du règlement CE).

Ce sont des matières de catégorie 3 au sens dudit règlement (articles 10.e, i et j). Et en tant que telles, elles doivent être orientées vers les filières d’élimination ou d’utilisation définies à l’article 14, mais en aucun cas être rejetées purement et simplement à la mer.

Ce règlement (article 24.1) impose également aux exploitants de veiller « à ce que les établissements ou usines sous leur contrôle soient agréés par l’autorité compétente lorsque ces établissements et usines effectuent une ou plusieurs des activités suivantes :

h) la manipulation de sous-produits animaux après leur collecte, sous la forme d’opérations telles que le tri, la découpe, la réfrigération, la congélation, (…) ;

i) l’entreposage de sous-produits animaux ; (…) ».

Ce règlement est directement applicable dans tout Etat membre depuis le 4 mars 2011.

Et il est à noter qu’avant lui, c’est le règlement n° 1774/2002 du 3 octobre 2002 qui s’appliquait, et ce dès le 1er mai 2003 (cf. notamment son article 6.2 relatif à l’élimination ou l’utilisation des matières de catégorie 3).

La convention de Londres de 1972 est entrée en vigueur le 30 août 1975. Ratifiée par la France, elle a été remplacée en 1996 par le protocole de Londres, entré en vigueur le 24 mars 2006.

Ce dernier dispose en son article 4.1.1 : « Les Parties contractantes interdisent l’immersion de tous déchets ou autres matières à l’exception de ceux qui sont énumérés à l’Annexe 1 ».

Cette annexe 1 concerne les « Déchets ou autres matières dont l’immersion peut être envisagée » moyennant cependant l’octroi d’un permis prévu à l’article 4.1.2. Elle reprend bien en son point 1.1.3 les « déchets de poisson ou matières résultant d’opérations de traitement industriel du poisson ».

Cependant le protocole de Londres précise en son article 4.2 : « Aucune des dispositions du présent Protocole ne doit être interprétée comme empêchant une Partie contractante d’interdire, en ce qui la concerne, l’immersion de déchets ou autres matières mentionnés à l’Annexe 1 ».

Cette dernière disposition s’est traduite en France par les articles L.218-43 et L.218-44 du code de l’environnement, lesquels disposent :

Article L.218-43 : « L’immersion de déchets ou d’autres matières, telle qu’elle est définie à l’article 1er du protocole du 7 novembre 1996 à la convention de Londres de 1972 sur la prévention de la pollution des mers résultant de l’immersion de déchets, est interdite ».

Article L.218-44 :

« I.- Par dérogation à l’article L.218-43, peut être autorisée :

1° L’immersion des déblais de dragage ;

2° L’immersion des navires, par le représentant de l’Etat en mer, dans le respect des traités et accords internationaux en vigueur.

II.- L’immersion des déblais de dragage est soumise aux dispositions des articles L.214-1 à L.214-4 et L.214-10.

III. « Les permis d’immersion régulièrement délivrés avant la publication de l’ordonnance n° 2005-805 du 18 juillet 2005 sont maintenus jusqu’à leur expiration sans pouvoir excéder une durée de dix ans».

Aucune dérogation à l’article L.218-43 n’est mentionnée pour les déchets de poisson produits à terre. Aucune limite de distance en mer non plus. Par conséquent l’immersion des « déchets de poisson ou matières résultant d’opérations de traitement industriel du poisson », pour les déchets produits à terre, est interdite. Y compris au-delà de la limite des 2.5 milles nautiques.

S’agissant des sacs en polypropylène :

– ils ne sont pas repris à l’annexe 1 du protocole de Londres,

– ils ne bénéficient d’aucune dérogation au titre de l’article L.218-44 du code de l’environnement.

Leur immersion est donc interdite, comme celle de toute matière plastique.

Les dispositions pénales qui s’appliquent, en cas d’infraction aux articles L.218-43 et L.218- 44, sont décrites aux articles L.218-48 à L.218-57. En particulier :

Article L.218-48 : « Est puni de deux ans d’emprisonnement et de 18 000 euros d’amende le fait, pour tout capitaine d’un navire, tout commandant de bord d’un aéronef ou toute personne assumant la conduite des opérations d’immersion sur les plates-formes ou autres ouvrages, de se rendre coupable d’infraction aux dispositions des articles L. 218-43 et L. 218-44. Les personnes physiques coupables des infractions prévues par la présente section encourent également, à titre de peine complémentaire, la peine d’affichage de la décision prononcée ou de diffusion de celle-ci dans les conditions prévues à l’article 131-35 du code pénal. (…) ».

Article L.218-50 : « Sans préjudice des peines prévues à l’article L. 218-48, si l’une des infractions a été commise sur ordre du propriétaire ou de l’exploitant du navire, aéronef, plate-forme ou autre ouvrage, ce propriétaire ou cet exploitant est puni du double des peines prévues audit article. Tout propriétaire ou exploitant d’un navire, aéronef, plate-forme ou autre ouvrage qui n’a pas donné au capitaine, au commandant de bord ou à la personne assumant la conduite des opérations d’immersion sur la plate-forme ou autre ouvrage l’ordre écrit de se conformer aux dispositions de la présente section peut être retenu comme complice des infractions qui y sont prévues. (…) ».

Pour l’immersion des sacs en matière plastique, s’applique en sus l’article L.218-73 du code de l’environnement. Ce dernier prévoit une peine d’amende de 22 500 euros pour « le fait de jeter, déverser ou laisser écouler, directement ou indirectement en mer ou dans la partie des cours d’eau, canaux ou plans d’eau où les eaux sont salées, des substances ou organismes nuisibles pour la conservation ou la reproduction des mammifères marins, poissons, crustacés, coquillages, mollusques ou végétaux, ou de nature à les rendre impropres à la consommation « .

Bizarrement, dans ce dossier, rien ne bouge. Le ministère des outre-mer a été officiellement saisi de cette affaire dès le 3 mai 2019. On a renvoyé la « patate chaude » sur le préfet. Lequel préfet fait visiblement la sourde oreille : un mois s’est passé, sans aucune réponse.

Et dans nos chers quotidiens de la presse écrite locale, c’est le blackout total….

Le 16 mai 2019, j’ai adressé à l’administration locale un certain nombre de questions, dont celle-ci à propos des déchets de poisson produits à terre :  » l’arrêté préfectoral réglementant les rejets de déchets de poisson en mer n’a été promulgué qu’en juillet 2012. Ces rejets dans la zone des 2.5 milles nautiques étaient-ils légaux avant cette date ? ». Réponse de l’administration : « Ces rejets étaient en effet légaux. En l’absence de réglementation à l’époque, les rejets reconnus par certains opérateurs en 2009, 2010 et 2011, période durant laquelle il n’existait plus de filière de traitement des déchets de poisson à la Réunion, étaient légaux. Le TCO s’est chargé de cette tâche jusqu’en 2008. Depuis 2012, il a mis en œuvre sa propre filière. Les rejets en mer, consistant en l’immersion de sacs fermés, auraient eu lieu à plus de 25 milles nautiques (46 kilomètres) de la côte et certainement pas en baie de St-Paul, comme cela a pu être dit, puisque cela aurait supposé un détour ».

Voilà une réponse qui vaut son pesant de cacahuètes…

Puisque les rejets en mer des usines de traitement de poisson situées à terre étaient « légaux », puisqu’il n’y avait « pas de réglementation à l’époque », qu’en est-il de la réglementation communautaire, de la convention de Londres, du code de l’environnement et des interdictions d’immersion en mer des déchets plastiques ?!

L’administration prétend qu’entre 2009 et 2011 « il n’existait plus de filière de traitement des déchets de poisson à la Réunion ».

A la Réunion, le service public d’équarrissage a été confié au Groupement de défense sanitaire (GDS) par l’Etat dès l’année 2000, le traitement se faisant à la « Sica des Sables » usine d’incinération sise dans la zone industrielle d’Etang-Salé. Et ce groupement n’a connu aucune rupture d’activité depuis cette date (confirmation obtenue auprès du directeur de GDS). Qui plus est le président de l’entreprise de transformation de poisson incriminée prétend dans ses déclarations à la presse que selon lui de 2009 à 2011, « une partie des déchets était également traitée par l’équarrissage. Nos instructions étaient claires sur le sujet » (interview donnée à l’agence Imaz Press, 24/02/19, cf. liens précédents).

L’administration parle de 25 milles nautiques. Dans la même interview, le président de l’entreprise évoque le chiffre de 2.5 milles nautiques, la limite fixée par l’arrêté préfectoral, ce qui est quand même 10 fois moins. Nonobstant le témoignage du marin à l’origine des révélations, qui parle lui de moins de 1 mille nautique…. L’administration a la certitude (??) que les déchets n’ont pas pu être rejetés en baie de St-Paul eu égard au « détour » que cela aurait imposé. Là encore cette déclaration questionne.

Pour arriver en baie de Saint-Paul en sortant du Port Ouest, il suffit de virer sur bâbord (à gauche) et de naviguer pendant 2 milles nautiques (soit 3.7 kilomètres). Il n’y a pas de détour à faire, et c’est évidemment beaucoup plus près que les fameux 25 milles nautiques…. Qui plus est il y avait un problème crucial de sécurité pour l’équipage. Je rappelle les propos du marin à ce sujet : « Pourquoi les jeter aussi près de la côte ? Tout simplement à cause de la structure du bateau. On ne peut décharger que d’un seul côté, celui où se trouve le portillon.

Tous les sacs étaient donc entassés sur tribord. Avec 12 à 14 « big bag » sur un seul bord, la gîte du bateau était très importante. Il était donc trop risqué de s’aventurer au large, surtout à la tombée de la nuit (les rejets se faisaient généralement le soir) ».

Enfin, selon le marin impliqué dans cette affaire, les sacs en matière plastique utilisés pour transporter les déchets n’étaient en aucun cas fermés, puisque qu’il n’y avait pas….de fermeture (sacs « big bag » en polypropylène épais très résistant, du même type que ceux utilisés dans le BTP). Et cette source de pollution est loin d’être anecdotique puisque, sur la base de 12 à 14 « big bag » jetés à la mer tous les 10 jours, cela représente des centaines de sacs immergés chaque année.

Des réponses claires à ces questions sont donc indispensables : il y a quand même eu cinq personnes tuées par des requins dans l’ouest entre 2011 et 2013. A quand une totale transparence de l’administration dans ce dossier, notamment sur les modalités de son contrôle ?!

Franchement, vous ne trouvez pas que toute cette histoire commence à sentir le poisson pourri ?

Didier DERAND.

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Le gouvernement du Canada interdit l’amputation des ailerons de requin

L’amputation des ailerons de requin est une pratique destructrice qui nécessite une réponse forte et immédiate pour arrêter les répercussions dévastatrices sur les populations mondiales de requins. En tant que prédateurs principaux, les requins jouent un rôle crucial dans le maintien de la santé des autres populations de poissons et des écosystèmes océaniques. Un déclin des populations de requins a un effet néfaste sur nos océans.

Communiqué de presse

Pêches et Océans Canada

20 juin 2019

Toronto (Ontario) – L’amputation des ailerons de requin est une pratique destructrice qui nécessite une réponse forte et immédiate pour arrêter les répercussions dévastatrices sur les populations mondiales de requins. En tant que prédateurs principaux, les requins jouent un rôle crucial dans le maintien de la santé des autres populations de poissons et des écosystèmes océaniques. Un déclin des populations de requins a un effet néfaste sur nos océans.

Aujourd’hui, le ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, l’honorable Jonathan Wilkinson, ainsi que des représentants de Humane Society International, de Oceana Canada, et la famille du réalisateur de Sharkwater, Rob Stewart, ont annoncé que le Parlement a adopté d’importantes modifications à la Loi sur les pêches (projet de loi C-68 – Loi modifiant la Loi sur les pêches). Grâce à ces modifications, nous définissons et interdisons la pratique de l’amputation des ailerons de requin, et interdisons l’importation et l’exportation, à destination et en provenance du Canada, d’ailerons de requin qui ne sont pas attachés à la carcasse du requin. L’amputation des ailerons de requin est la pratique consistant à couper les ailerons des requins, souvent pendant que le requin est encore vivant, puis à laisser le requin mourir en mer.

Le gouvernement du Canada est préoccupé par l’état des stocks de requins en voie de disparition dans le monde, en raison de pratiques destructrices et dommageables comme l’amputation des ailerons de requin. Les modifications à la Loi sur les pêches reflètent les partenariats et les activités de défense des intérêts qui visent à régler ce problème partout au Canada, et illustrent clairement l’engagement continu du Canada à améliorer la conservation et la durabilité de notre milieu marin.

Citations

« L’amputation des ailerons de requin est une pratique incontestablement destructrice, qui contribue au déclin mondial des requins et constitue une menace permanente pour les écosystèmes océaniques. Les nouvelles mesures annoncées aujourd’hui sont un exemple clair du leadership du Canada en matière de conservation de notre environnement océanique. Le gouvernement du Canada, en partenariat avec les organisations environnementales, intensifie l’action pour que nous puissions assurer la durabilité à long terme des océans. »

L’honorable Jonathan Wilkinson
Ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne

Faits en bref

  • L’interdiction de l’amputation des ailerons de requin, ainsi que de l’importation et de l’exportation d’ailerons qui sont naturellement attachés à la carcasse est inscrite dans une modification législative à la Loi sur les pêches en vertu du projet de loi C-68. Le projet de loi a été adopté par le Sénat le 18 juin et attend de recevoir la sanction royale.
  • Le Canada n’a aucune pêche commerciale des requins pélagiques.
  • Depuis 1994, le Canada interdit l’amputation des ailerons de requin comme condition de permis de pêche.
  • En mars 2018, le gouvernement a mis en œuvre des mesures qui exigent que tous les requins débarqués au Canada aient leurs ailerons attachés naturellement à la carcasse de l’animal.
  • Tous les requins capturés dans les pêches intérieures canadiennes doivent être débarqués à quai avec leurs ailerons naturellement attachés à la carcasse. Cette pratique est considérée comme la pratique exemplaire mondiale pour empêcher l’amputation des ailerons.
  • Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, 25 pour cent des espèces de requins et de raies du monde sont menacées d’extinction et, chaque année, on estime que 63 millions de requins sont tués dans les pêches.
  • Les requins grandissent relativement lentement, mettent de nombreuses années pour arriver à la maturité et produisent relativement peu de jeunes À l’échelle mondiale, on estime qu’ils sont tués 30 pour cent plus rapidement qu’ils ne peuvent se remplacer.
  • Il existe environ 400 espèces de requins dans le monde. Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction – Requins et raies manta.

Douleur et indignation après l’accident de Saint Leu

Communiqué de presse

Nous sommes bouleversés d’apprendre qu’un jeune homme a perdu la vie à Saint Leu. Nous adressons à sa famille et ses proches nos sincères condoléances.

Cette jeune vie perdue nous met aussi en colère. Malgré nos avertissements répétés, la zone du drame est depuis un an pratiquement chaque jour appâtée par le CRA.

Aucun scientifique, aucune personne connaissant les requins n’a cautionné cette « expérimentation » qui attire les requins près des plages et leur donne l’habitude de fréquenter encore plus systématiquement les lieux.

Nous disons nettement que cette pêche est une escroquerie criminelle .
Elle a été promue, développée; mise en oeuvre contre tous les avis autorisés, sans aucune caution scientifique, par des gens qui y ont un gros intérêt financier. Ce sont les personnes qui ont « vendu » la pêche comme une solution qui ont ensuite remporté les marchés de cette pêche, ou décroché des postes au CRA;

Avec deux morts en 2019, Le terrible résultat est là.

 Il appartient au préfet de faire cesser cette pêche et cet appâtage criminel .
Le préfet et l’Etat doivent faire analyser les méthodes du CRA par des scientifiques compétents et non par ceux qui en tirent de gros bénéfices.
A la justice  d’en tirer les conséquences . Nous sommes prêts à lui fournir tous documents utiles.

Collectif des associations Sea Shepherd, Aspas, Longitude 181, Sauvegarde des requins, One Voice, Tendua, Vagues, Requin Intégration

La présence des orques induit un comportement d’évitement chez les grands blancs

Les scientifiques ont étudié les populations des Grands blancs et leurs interactions avec les orques sur les sites des Îles Farallon, Californie (Southeast Farallon Island : SEFI). Dans de nombreux cas, la présence des orques a conduit les Grands blancs à se rendre sur d’autres sites comme celui de l’île Ano Nuevo.

Traduction de l’étude :  ©Thierry, Sauvegardes des requins / Synthèse : ©Sylvie, Sauvegarde des Requins / Photo : Johnny Orel

« Killer whales redistribute white shark foraging pressure on seals » : Salvador J. Jorgensen, Scot Anderson, Francesco Ferretti, James R. Tietz, Taylor Chapple, Paul Kanive, Russell W. Bradley, Jerry H. Moxley & Barbara A. Block / Scientific Reportsvolume 9, Article number: 6153 (16 avril 2019)

Le comportement prédateur et les effets de haut en bas dans les écosystèmes marins sont bien décrits, cependant, les interactions entre les prédateurs supérieurs concurrents restent mal comprises. Elles peuvent avoir des implications écologiques de grande portée. Les Orques et les requins blancs sont d’importants prédateurs du niveau trophique supérieur avec des niches très imbriquées, mais leurs interactions écologiques et leurs effets ultérieurs sont restés obscurs. Les scientifiques ont étudié les populations des Grands blancs et leurs interactions avec les orques sur les sites des Îles Farallon, Californie (Southeast Farallon Island : SEFI). Dans de nombreux cas, la présence des orques a conduit les Grands blancs à se rendre sur d’autres sites comme celui de l’île Ano Nuevo. Ce travail réalisé sur plusieurs années, met en évidence l’importance des effets de risque et des relations inter-espèces chez les grands prédateurs de l’océan.

Les prédateurs supérieurs (au plus haut du niveau trophique) jouent un rôle écologique important. La régulation de la densité des proies par la consommation directe des prédateurs est la forme de régulation des proies de niveau inférieur, la plus courante et connue. Cependant, on reconnaît de plus en plus des mécanismes non létaux ou à médiation comportementale, qui peuvent de manière similaire façonner la fonction et la structure de l’écosystème. Les mécanismes non liés à la consommation comprennent les « effets de risque » : les proies ne sont pas retirées, mais réagissent de manière comportementale à la présence d’un prédateur en réduisant leur activité ou en déplaçant leurs habitats pour réduire le risque. Les effets de risque peuvent avoir une incidence sur la densité des populations, sur leur condition physique, notamment une diminution du succès de la reproduction par la perte de possibilités de recherche de nourriture, une augmentation du stress et une augmentation de la demande en énergie associée à l’évitement des prédateurs.

De nombreux prédateurs supérieurs marins présentent un comportement migratoire et des agrégations saisonnières dans les zones d’alimentation. La recherche de nourriture saisonnière concentrée est cruciale pour soutenir le comportement migratoire chez de nombreux prédateurs et, inversement, l’afflux saisonnier de prédateurs peut avoir des effets régulateurs et comportementaux importants sur les populations de proies locales. Les perturbations dans de tels systèmes prédateur-proie peuvent donc avoir un impact à la fois sur la proie et sur le prédateur, avec des effets potentiellement en cascade

Si les interactions prédateurs-proies ont fait l’objet de nombreuses études, les interactions entre les principaux prédateurs sont, quant à elles, beaucoup moins connues. Les top prédateurs ont peu de prédateurs naturels. Cependant, la concurrence au sein de ces espèces peut entraîner des interactions complexes et avoir une incidence importante sur la répartition et l’abondance des populations de prédateurs. De nombreux prédateurs supérieurs marins présentent un comportement migratoire et des agrégations saisonnières dans les zones d’alimentation. La recherche de nourriture saisonnière concentrée est cruciale pour soutenir le comportement migratoire chez de nombreux prédateurs et, inversement, l’afflux saisonnier de prédateurs peut avoir des effets régulateurs et comportementaux importants sur les populations de proies locales. Les perturbations dans de tels systèmes prédateur-proie peuvent donc avoir un impact à la fois sur la proie et sur le prédateur, avec des effets potentiellement en cascade. En cas de cooccurrence entre les prédateurs supérieurs de ces sites, l’effet des interactions inter-espèces sur la dynamique des écosystèmes locaux reste relativement inconnu.

L’étude (2006-20013) porte donc plus précisément sur les interactions entre deux prédateurs supérieurs de l’océan, le requin blanc (Carcharodon carcharias) et les Orques (Orcinus orca). Entre 2006 et 2013, 165 requins blancs (Carcharodon carcharias) ont été marqués (marquage acoustique) dans les environs du sud-est de l’île Farallon, à Tomales Point , et Año Nuevo Island.

Les grands Blancs : Dans le nord-est du Pacifique (NEP), les requins blancs se regroupent de manière saisonnière dans les îles du Sud-Est Farallon (SEFI), sur l’île Año Nuevo (ANI) et dans d’autres colonies de pinnipèdes au large de la côte ouest de l’Amérique du Nord. Le moment choisi par les requins et la recherche de nourriture observée sont associés au halage saisonnier de jeunes éléphants de mer (Mirounga angustirostrous), une proie de prédilection consommée avant la migration extracôtière. Bien que les requins blancs se nourrissent également des cétacés, des téléostéens, d’autres élasmobranches et de divers pinnipèdes, leur ciblage saisonnier des éléphants de mer constitue une source constante de capital calorique. La répartition côtière des requins blancs NEP s’étend du nord du Mexique au Canada (et les années El Nino jusqu’aux eaux de l’Alaska).

Les orques : Les orques NEP vont du Mexique aux îles Aléoutiennes d’Alaska. Les populations d’orques du NEP forment des groupes sociaux distincts et stables (pods), qui diffèrent par la spécialisation du choix des proies (écotypes). Trois écotypes NEP reconnus, « résident », « transitoire » et « offshore », présentent une différenciation génétique et phénotypique. Les transitoires se nourrissent généralement de mammifères marins, y compris les éléphants de mer et les otaries, tandis que les résidents ciblent des téléostéens, principalement des salmonidés. L’écotype au large des côtes « offshore » est le moins connu, mais on pense qu’il cible principalement les téléostéens, notamment les salmonidés et les élasmobranches tels que les requins-dormeurs du Pacifique.

A noter :  les otaries de Californie (Zalophus californianus), les otaries de Steller (Eumetopias jubatus), les phoques communs (Phoca vitulina ricardii) et les otaries à fourrure (Callorhinus ursinus) se rendent également au SEFI à divers moments de l’année.

Les trois écotypes d’orques se chevauchent spatialement avec les requins blancs NEP (nord-est du Pacifique) et partagent des proies similaires, et peuvent donc être considérés comme faisant partie de la même niche écologique. Les chevauchements régionaux sont les plus importants à l’automne et au début de l’hiver, lorsque les requins blancs NEP affichent une fidélité élevée au site et des périodes de résidence prolongées sur le site SEFI ( îles du Sud-Est Farallon )ou d’autres sites de concentration côtiers près de colonies de pinnipèdes pendant environ 4 à 4,5 mois. Les observations d’interactions directes entre les orques et les requins blancs sont extrêmement rares, mais ont été enregistrées au large de la Californie, de l’Afrique du Sud et de l’Australie méridionale. Une interaction entre ces principaux prédateurs du NEP a été documentée le 4 octobre 1997 à SEFI, dans laquelle un requin blanc a été tué et partiellement consommé (foie seulement) par des orques migrateurs. Immédiatement après cet événement, les observations de requins blancs au cours des relevés réguliers effectués au SEFI ont décliné brusquement. Seules deux prédations par des requins ont été observées au cours des huit semaines restantes d’étude à SEFI.

Les prédations des Grands Blancs sur les éléphants de mer diminuaient les années où les orques se sont manifestés à SEFI.

Rôles écologiques et contexte des interactions orques-requins

Les orques « transitoires », qui ciblent les mammifères sont des concurrents directs, mais ils constituent également une menace prédatrice, comme l’illustre l’événement de 1997. Les interactions avec l’écotype « offshore » sont potentiellement prédatrices et compétitives. Les orques du large se nourrissent des téléostéens et des élasmobranches, dont les requins dormeurs du Pacifique, Somniosus pacificus fortement appréciés. Les orques « résidents » sont probablement un concurrent faible (pour les téléostéens) et potentiellement pas une menace de prédation. On ne sait toujours pas si les requins blancs peuvent distinguer une menace prédatrice d’une menace concurrentielle, mais le résultat pourrait être le même. À l’instar de la pression exercée par la prédation, une agression compétitive interspécifique peut également entraîner un comportement qui réduit les taux de rencontre, détermine l’utilisation de l’habitat et modifie les calendriers d’activité.

Les orques réduisent directement la densité de méso-prédateurs par la consommation et provoquent des changements dans le comportement et la distribution des proies en raison des effets de risque. De même, les grands requins peuvent exercer une influence directe de régulation sur leurs populations de proies.

Cette étude suggère que les interactions inter-espèces entre les orques et les requins blancs peuvent avoir des effets en cascade aux niveaux trophiques inférieurs en réduisant les effets de consommation (et éventuellement de non-consommation) sur les éléphants de mer. L’éléphant de mer du Nord connaît actuellement une expansion de son habitat et une croissance démographique rapide après un déclin dû à son exploitation par l’homme.

La consommation occasionnelle de foie hautement calorique de requins blancs peut conférer des avantages énergétiques auxiliaires à l’orque mais ces interactions létales directes ont un impact négatif sans équivoque sur les requins blancs. Mais les comportements d’évitement en réponse à la présence d’orques pourraient également avoir un impact sur l’aptitude du requin blanc en limitant l’accès à des habitats sous-optimaux ou plus compétitifs (plus densément peuplés). Les risques d’intimidation et de prédation affectent de manière généralisée des populations entières, pas seulement les individus tués directement. Les conséquences potentielles du déplacement des requins blancs devraient être évaluées dans le contexte écologique de leur phénologie migratoire.

Ces requins qui peuvent parcourir entre 1000 et 3000 kms doivent pouvoir stocker suffisamment d’énergie (calories) avant de commencer leur période de migration.

REQUINS : QUE S’EST-IL PASSE DANS LA BAIE DE SAINT-PAUL ?

Saint-Joseph, le 3 mai 2019. L’affaire est évoquée par Imaz Press le 24 février 2019 . Ce jour-là, sur les quais du Port Ouest, un échange houleux oppose des pêcheurs à Philippe Guérin, gérant de l’armement Enez (filiale, comme Réunipêche, du groupe Réunimer). A l’occasion de cet échange filmé par les journalistes, l’un des pêcheurs Yannis Latchimy, ancien salarié d’Enez, lance de graves accusations à l’encontre du représentant d’Enez. Et il les réitère dans une vidéo publiée sur Facebook .

Je reprends ci-dessous les propos tenus par M. Latchimy dans les deux vidéos précédentes et lors d’un entretien que j’ai eu avec lui et avec le président du Comité des Pêches M. Bertrand Baillif le 24 avril 2019 :

« Réunipêche transforme de grosses quantités de poisson frais destiné au marché local et à l’exportation, avec une proportion de déchets de près de 45% à la découpe. Pendant trois ans, de 2010 à 2012, j’ai reçu l’ordre des dirigeants de Réunipêche de rejeter à la mer les déchets de poisson produits par cette société. Les déchets étaient stockés dans des sacs en polypropylène ou « big bag » que les marins chargeaient sur les navires de l’armement, notamment sur le bateau Le Havre. Ce dernier n’avait d’ailleurs plus le droit de naviguer puisqu’il était désarmé. Une fois pleins, les sacs en question pesaient autour de 500 kg l’unité. Des sacs qui étaient ensuite fréquemment retrouvés vides tout au long de la côte ouest. Partant du Port Ouest, les rejets se faisaient généralement à l’entrée nord de la baie de St-Paul, voire directement dans la baie, à moins de 1 mille nautique du rivage. Avec le courant dominant qui tire vers le sud, les déchets sont transportés rapidement tout au long de la côte ouest. Pourquoi les jeter aussi près de la côte ? Tout simplement à cause de la structure du bateau. On ne peut décharger que d’un seul côté, celui où se trouve le portillon. Tous les sacs étaient donc entassés sur tribord. Avec 12 à 14 « big bag » sur un seul bord, la gîte du bateau était très importante. Il était donc trop risqué de s’aventurer au large, surtout à la tombée de la nuit (les rejets se faisaient généralement le soir) ».

« Ce sont ainsi 6 à 7 tonnes de déchets qui ont été balancés dans la baie tous les 10 jours au lieu de les faire traiter par l’usine d’équarrissage de l’Etang-Salé, ce qui serait évidemment revenu beaucoup plus cher. Réunipêche donnait en effet aux marins une prime de 15 euros par « big bag » (soit 30 euros la tonne) alors que l’équarrissage revenait lui à 350 euros la tonne. J’étais chef de groupe, c’est donc moi qui pesais les sacs. Au total, nous avons jeté à minima 150 tonnes de déchets en 2010, 160 tonnes en 2011 (pas de chiffre disponible pour 2012). Tout cela se passait au vu et au su des autorités du Port, qui ont laissé faire. On a ainsi créé sur la côte ouest un « garde-manger » pour les requins. En fait on les a engraissés pendant trois ans et on a changé leur façon de s’alimenter : du fait de l’abondance de nourriture, ils ont moins chassé par eux-mêmes. Et lorsque les rejets se sont arrêtés, ces requins qu’on avait attirés près des côtes se sont alors rabattus alors sur des proies faciles : des surfeurs à Boucan et à Roches Noires (2011, 2012), un chien et une baigneuse dans la baie de St-Paul (2013). En 2014, je suis allé voir la maire de St-Paul à ce sujet, mais elle n’a pas voulu tenir compte de mon témoignage : le dossier était trop « gros » selon elle ».

De son côté, interrogé par Imaz Press, le président de Réunimer Sébastien Camus réfute ces accusations : « il n’y a aucun déchet organique qui a été déversé dans la baie de Saint-Paul ». Il reconnaît cependant que de 2009 à 2011, « toutes les usines de transformation de poissons ont systématiquement rejeté à la mer les déchets issus de la découpe du poisson ». Mais selon lui, ces rejets se sont faits « au-delà des 2,5 milles nautiques » (environ 4,6 km). Il affirme par ailleurs que les rejets se sont arrêtés à partir de 2011, avec l’achat d’un broyeur qui a permis de broyer les déchets et de les exporter congelés en métropole ou à Maurice pour la fabrication de farine animale.

Sur ce point M. Latchimy précise : « c’était un broyeur d’occasion. Il a fallu faire de grosses réparations au départ et il est ensuite régulièrement tombé en panne. Et puis les déchets n’étaient pas toujours dans un état de conservation suffisant pour être exportés. C’est pour cette raison que les rejets ont continué en 2012. Qui plus est, quand le broyeur a été installé,  il y avait déjà eu 4 ou 5 attaques de requins « .

M.Camus affirme par ailleurs : « une partie des déchets était également traitée par l’équarrissage. Nos instructions étaient claires sur le sujet ».

Mais le président du Comité des Pêches, M. Bertrand Baillif, déclare lui : « Il est fort peu probable qu’ils aient utilisé les services de l’équarrissage. Ce dernier était en effet très coûteux et les aides européennes PCS (plan de compensation du surcoût) n’ont été débloquées qu’à partir de 2014 ».

Quant à dire, comme le fait M. Camus : « tout le monde peut voir la baie de Saint Paul depuis la plage. Si nous avions rejeté ces déchets, tout ce serait vu » : à partir du moment où les rejets se faisaient le soir, en face d’une zone inhabitée (la ZA de Cambaie ou la Plaine Chabrier par exemple) et du côté opposé à la côte, c’est un « argument » qui ne tient pas….

Ce qui me semble pour le moins étrange dans cette affaire, c’est :

  1. De voir que depuis deux mois qu’elle a été évoquée par Imaz Press, aucun autre média ne s’en est saisi et surtout, blackout total des politiques et des autorités compétentes : pas d’information, pas d’enquête, rien ! Un silence assourdissant…..
  2. De constater à quel point le représentant d’Enez est mal à l’aise. Tout au long de l’interview, qui dure près de 20 minutes, M. Guérin visiblement très gêné ne dit quasiment rien. Et il refuse finalement de répondre aux questions de la journaliste. Il est à noter par ailleurs que l’arrêté préfectoral interdisant le rejet en mer des produits de la mer à l’intérieur des 2,5 milles nautiques n’a été promulgué qu’en juillet 2012. Coïncidence : M. Camus affirme que les rejets de Réunipêche se sont toujours faits au-delà de ces 2,5 milles nautiques, sans toutefois apporter de précisions sur la distance réelle. Doit-on y croire ?
  3. Que malgré les graves accusations proférées par M. Latchimy, ce dernier n’est pour ainsi dire jamais contredit tout au long de l’interview. Et qu’aucune procédure n’a été entamée à son encontre par les dirigeants de Réunimer. Curieux….
  4. De voir dans une 3ème vidéo publiée par Imaz Press, l’égérie de l’association Océan Prévention Réunion, Jean-François Nativel, prendre carrément la défense de la pêche semi-industrielle : « ça fait partie d’un vieux serpent de mer qui vise à expliquer les attaques de requins à l’Ile de la Réunion ». Il minimise le problème, et l’associe avec celui de l’ex-ferme aquacole de St-Paul, dont le rôle en termes d’attractivité vis-à-vis des requins est sans commune mesure. Il est vrai que M. Nativel a fait son fonds de commerce du démantèlement de la réserve marine, accusée par lui d’être un réservoir à requins et un « garde-manger » pour les squales. Une théorie fumeuse qui ne repose sur aucun élément scientifique tangible, et que contredit d’ailleurs formellement M. Latchimy.

Au final, si les accusations de M. Latchimy s’avèrent exactes, des centaines de tonnes de déchets de poisson auront été balancées dans la baie de St-Paul entre 2010 et 2012, et véhiculées le long des côtes par les courants. On a ainsi créé un pôle d’attractivité sans précédent pour des requins comme le tigre et le bouledogue, à proximité immédiate des plages et des spots de surf de la côte ouest.

Les requins sont dans leur milieu naturel. Ils ne sont pas responsables de cette situation. Comme ils ne sont pas responsables de la surpêche, qui vide les océans et leur enlève la plus grande partie de leur nourriture : le poisson. Pourtant l’Etat français n’a trouvé qu’une solution au problème : éliminer systématiquement tous les requins tigres et bouledogues qui s’approchent de nos côtes. Et cela fait des années que ça dure.

Didier DERAND.

Un grand merci à Didier pour ce rappel. N’oublions pas les requins qui osent pointer le bout de l’aileron dans cet océan (ouvert!) qui entoure cette île. 

CoP18 de la CITES : la France ne doit pas oublier les requins.

Du 23 mai au 3 juin prochain, les représentants des 183 pays membres de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) se réuniront une nouvelle fois pour décider du sort de nombreuses espèces, dont plusieurs espèces de requins et de raies exploitées par les flottes françaises et européennes.

Mise à jour : La Conférence mondiale sur la vie sauvage se tiendra à Genève (Suisse), du 17 au 28 août 2019

Communiqué de presse

France, 23 avril 2019 – Du 23 mai au 3 juin prochain, les représentants des 183 pays membres de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) se réuniront une nouvelle fois pour décider du sort de nombreuses espèces, dont plusieurs espèces de requins et de raies exploitées par les flottes françaises et européennes.

Les associations françaises de conservation des espèces de requins, raies et chimères se sont réunies pour demander à la France d’appuyer fermement l’inscription des deux espèces de requins taupe bleus (Isurus oxyrinchus et Isurus paucus) et de toutes les espèces de raies guitares du genre Glaucostegus et de la famille des Rhinidae, proposées en inscription à l’annexe II de la CITES¹ et d’exhorter les principaux pays pêcheurs à réguler le commerce de ces espèces. Cette demande collective, transmise par courrier officiel à François de Rugis Ministre de la transition écologique et solidaire, rappelle que 100 millions de requins sont tués chaque année en moyenne, notre pays occupant une place non négligeable en termes de prises de requins avec plus de 15.000 tonnes
pêchées annuellement.
Espérons que ces voix soient entendues face à la gravité de la situation. Il est urgent de limiter le commerce international et la surpêche des requins-taupes bleus, des raies guitares mais aussi d’autres espèces de poissons cartilagineux dont le commerce mondial des ailerons, de la viande et de dérivés (huile, cartilage)² ne fait l’objet d’aucun contrôle tandis que les études annoncent déjà qu’une espèce sur trois de requins, de raies et de chimères est menacée de disparition dans le monde.
La CITES est un outil pour veiller à ce que le commerce international des spécimens d’animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent. Elle offre aux Etats l’opportunité de contrôler ou d’interdire le commerce de ces espèces et d’engager des procédures contre les actes de braconnages internationaux exercés sur des espèces menacées ou gravement menacées d’extinction.
L’inscription sur la liste de l’Annexe II de la CITES des deux espèces de requins-taupes bleus et des espèces de raies guitares permettra une prise de conscience et une limitation de l’importation des ailerons vers l’Asie du Sud-Est et de la viande vers les pays consommateurs. Cette inscription constituerait aujourd’hui une première étape incontournable pour la préservation de ces espèces largement présentes dans les eaux françaises. La France se doit d’appuyer cette inscription.

1 Proposals for amendment of Appendices I and II – Eighteenth meeting of the Conference of the Parties
2 Dent, F. & Clarke, S. 2015. State of the global market for shark products. FAO Fisheries and Aquaculture
Technical Paper No. 590. Rome, FAO. 187 pp.

Logos web

Lettre adressée aux représentants français CITES : 

Lettre adressée au Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire : 

Dix-huitième session de la Conférence des Parties (2019)

Nouvelle conférence des parties pour une régulation du commerce de quelques espèces de requins et raies.

Mise à jour : La Conférence mondiale sur la vie sauvage,  se tiendra du 17 au 28 août 2019 à Genève (Suisse).

CITES REPORT
Mise à jour : Report de calendrier

CoP 18 : les propositions

Annexe II :

Isurus oxyrinchus (requin-taupe bleu, requin mako) et Isurus paucus (petit requin-taupe).

Glaucostegus spp.(Guitares de mer) : la guitare de mer fouisseuse (Glaucostegus cemiculus) et la guitare de mer à nez pointu (Glaucostegus granulatus) + les espèces ressemblantes (Glaucostegus halavi, Glaucostegus obtusus, Glaucostegus thouin, Glaucostegus typus).

Rhinidae spp. (Raies) : Rhynchobatus australiae et la grande raie-guitare, Rhynchobatus djiddensis + les espèces ressemblantes (Wedgefish taïwanais Rhychobatus immaculatus, Wedgefish au museau doux Rhychobatus laevis, Wedgefish africain Rhychobatus luebberti, Wedgefish aux sourcils Rhychobatus palpebratus, Wedgefish à long nez Rhychobatus springeri, Wedgefish clown Rhynchobatus cooki, Raie guitare à nez rond Rhina ancylostoma, Faux requin raie Rhynchorhina mauritaniensis).

Au sujet de la CITES

La CITES  (the Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora): Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, accord intergouvernemental signé le 3 mars 1973 à Washington, aussi appelé Convention de Washington.

Le rôle de la CITES : Elle a pour but de veiller à ce que le commerce international des spécimens d’animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent. Elle compte aujourd’hui 181 Parties.

Tous les trois ans, les modalités d’application de la Convention et la liste des espèces concernées sont révisées lors des Conférences des parties.

Les espèces dont le commerce est réglementé par la CITES sont réparties en 3 annexes :

Annexe I : Les espèces inscrites à l’Annexe I sont les plus menacées de toutes les espèces animales et végétales couvertes par la CITES. Etant menacées d’extinction, la CITES en interdit le commerce international de leurs spécimens sauf lorsque l’importation n’est pas faite à des fins commerciales mais, par exemple, à des fins de recherche scientifique. Ces espèces représentent 3% de l’ensemble des espèces CITES.

Annexe II : Cette annexe comprend quant à elle toutes les espèces qui, bien que n’étant pas nécessairement menacées actuellement d’extinction, pourraient le devenir si le commerce des spécimens de ces espèces n’était pas soumis à une réglementation stricte ayant pour but d’éviter une exploitation incompatible avec leur survie. Elle comprend également les espèces dites « semblables », à savoir des espèces présentant une telle ressemblance avec celles déjà inscrites à l’Annexe II que les agents chargés de l’application de la CITES ont peu de chances de réussir à les distinguer. Le commerce international de spécimens sauvages de ces espèces est généralement autorisé mais il est réglementé au moyen de permis et de certificats. Ces espèces représentent 96% de l’ensemble des espèces CITES.

Annexe III : Liste des espèces inscrites à la demande d’une Partie qui en réglemente déjà le commerce et qui a besoin de la coopération des autres Parties pour en empêcher l’exploitation illégale ou non durable. Le commerce international des spécimens des espèces inscrites à cette annexe n’est autorisé que sur présentation des permis ou certificats appropriés. Ces espèces représentent 1% de toutes les espèces CITES. Contrairement à ce qui se passe dans le cas des deux autres annexes, aucune décision de la Conférence des Parties n’est nécessaire pour inscrire une espèce à l’Annexe III, les inscriptions étant du ressort de la ou des Partie(s) concernée(s).

Les espèces déjà inscrites en Annexe (sur les près de 1300 espèces de requins, raies et chimères alors qu’1 espèce sur 3 est menacée d’extinction dans le monde !).

Espèces

Appendice / Annexe Date
Cetorhinus maximus (Requin pèlerin) II
(précédemment III depuis le 13/09/00)
13/02/2003
Rhincodon typus (Requin-baleine) II 13/02/2003
Carcharodon carcharias

(Grand requin blanc)

II
(précédemment III depuis le 29/10/01)
12/01/2005
Pristidae spp. (Poissons-scies– 7 espèces) I 13/09/2007
Lamna nasus

(Requin-taupe commun)

II
(précédemment III depuis le 25/09/12)
14/09/2014
Carcharinus longimanus

(Requin océanique)

II 14/09/2014
Sphyrna lewini

(Requin-marteau halicorne)

II
(précédemment III depuis le 25/09/12)
14/09/2014
Sphyrna mokarran

(Grand requin-marteau)

II 14/09/2014
Sphyrna zygaena

(Requin-marteau lisse)

II 14/09/2014
Manta spp. (Raies manta) II 14/09/2014
Mobula spp (Raies mobula) II

10/2016

Entrée en vigueur le  04/04/2017

Alopias spp (Requins Renard) II

10/2016

Entrée en vigueur le 04/10/2017

Carcharhinus falciformis

(Requin Soyeux)

II

10/2016

Entrée en vigueur le 04/10/2017

Raies d’eau douce

Paratrygon aiereba (Colombie)

Potamotrygon spp. (Population du Brésil)

Potamotrygon constellata (Colombie)

Potamotrygon magdalenae (Colombie)

Potamotrygon motoro (Colombie)

Potamotrygon orbignyi (Colombie)

Potamotrygon schroederi (Colombie)

Potamotrygon scobina (Colombie)

Potamotrygon yepezi (Colombie)

III

Pour en savoir plus :

https://cites.org/sites/default/files/fra/cop/18/prop/08032019/F-CoP18-Prop-42.pdf

https://cites.org/sites/default/files/fra/cop/18/prop/19032019/F-CoP18-Prop-43.pdf

https://cites.org/sites/default/files/fra/cop/18/prop/19032019/F-CoP18-Prop-44.pdf

Sylvie, Sauvegarde des Requins

 

Liste rouge de l’UICN : la surpêche des requins soulignée dans la dernière mise à jour

Le groupe de spécialistes des requins (GSR) de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publie ce jour ses nouvelles évaluations pour l’inscription sur la Liste rouge de 58 espèces de raies et de requins, dont 17 sont considérées menacées d’extinction. Ces résultats s’inscrivent dans un projet mondial visant à évaluer les tendances des populations grâce à une série d’ateliers d’experts, dont le premier portait sur les espèces australiennes et les espèces océaniques du monde entier.

Les spécialistes appellent à l’adoption de mesures de conservation à l’heure où un nombre croissant d’espèces passent dans la catégorie « en danger ».

Communiqué de Presse de UICN

Londres, le 21 mars 2019 : Le groupe de spécialistes des requins (GSR) de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publie ce jour ses nouvelles évaluations pour l’inscription sur la Liste rouge de 58 espèces de raies et de requins, dont 17 sont considérées menacées d’extinction. Ces résultats s’inscrivent dans un projet mondial visant à évaluer les tendances des populations grâce à une série d’ateliers d’experts, dont le premier portait sur les espèces australiennes et les espèces océaniques du monde entier.
« Nos résultats sont alarmants, mais n’ont rien de surprenant. En effet, nous constatons que les requins qui ont une croissance particulièrement lente, qui sont très recherchés et qui ne bénéficient pas de mesures de protection contre la surpêche sont généralement les plus menacés », déclare Nicholas Dulvy, coprésident du GSR, professeur à l’université Simon Fraser.
« Un des cas les plus préoccupants est celui d’un requin rapide et emblématique, le requin taupe bleu, que nous avons évalué comme étant “en danger”, parce que sa population est gravement épuisée dans le monde entier. Elle a notamment connu un déclin de 60 % dans l’Atlantique en l’espace d’environ 75 ans. »
Son cousin, le petit requin-taupe, intègre également la catégorie « en danger ». Les requins taupes migrent sur de longues distances, ne se reproduisent pas avant la fin de leur deuxième décennie, et sont prisés dans de nombreux pays tant pour leur viande que pour leurs nageoires. Ils ne font pourtant pas l’objet de quotas de pêche internationaux. L’importance de la gestion des pêches est soulignée par les 41 évaluations mises à jour pour la Liste rouge des raies et des requins d’Australie, un pays leader de la conservation des requins.
« Plus de la moitié des espèces australiennes évaluées ont été classées “ de préoccupation mineure” grâce, en grande partie, à l’application de limites de captures », déclare Peter Kyne, chercheur à l’université Charles Darwin et coordinateur de l’autorité pour la Liste rouge, le GSR. « Les neuf requins australiens qui demeurent en grand danger sont pour l’essentiel des espèces d’eau profonde qui ont une croissance exceptionnellement lente et sont par conséquent mal équipées pour résister à une pression halieutique même modeste. Nous évaluons notamment l’aiguillat aux yeux verts, dont la gestation de près de trois ans est la plus longue du règne animal, comme étant “en danger”. »
Les raies et requins océaniques pour lesquels on constate des populations en assez bon état (classées « de préoccupation mineure ») correspondent principalement à des espèces dont la chair n’est pas prisée, comme dans le cas de la pastenague violette, ou qui vivent à de très grandes profondeurs et ne peuvent pas être ciblées par les engins de pêche, comme dans le cas du requin grande-gueule.
« Les menaces qui pèsent sur les raies et les requins ne cessent d’augmenter. Pourtant, les pays du monde entier ne se montrent toujours pas à la hauteur de leurs engagements de conservation, en particulier en ce qui concerne les limites de captures minimales », explique Sonja Fordham, présidente adjointe du GSR travaillant pour Shark Advocates International, un projet de The Ocean Foundation. « Pour inverser cette tendance et faciliter la reconstitution des raies et des requins, le GSR demande l’adoption immédiate de limites de captures nationales et internationales, ainsi que des interdictions totales du débarquement des espèces évaluées comme “en danger” ou “en danger critique d’extinction”. Nous devons agir au plus vite. »

Les espèces classées « vulnérables », « en danger » ou « en danger critique » sur la Liste rouge de l’UICN sont considérées comme menacées d’extinction.

Le requin-taupe bleu (Isurus oxyrinchus) et le petit requin-taupe (Isurus paucus) sont passés de la catégorie « vulnérable » à la catégorie « en danger », ce qui dénote un risque d’extinction plus élevé. L’UICN considère cependant ce changement comme « non véritable » (non-genuine) selon sa propre terminologie, ce qui signifie qu’il se fonde sur de nouvelles informations qui n’étaient pas disponibles lors de la précédente évaluation.

Composé de 174 experts issus de 55 pays, le groupe de spécialistes des requins (GSR) fait partie de la Commission de la sauvegarde des espèces de l’UICN. Il a pour objectif de contribuer à la conservation, à la gestion et, si nécessaire, à la reconstitution des requins, des raies et des chimères du monde entier, en apportant l’expertise technique et scientifique qui permettra d’agir : http://www.iucnssg.org.
Le projet Tendances mondiales des requins (Global Shark Trends) du GSR doit évaluer le risque d’extinction de tous les requins, raies et chimères d’ici 2020 :www.iucnssg.org/global-sharktrends-project.html. Financé par le Shark Conservation Fund, le projet est dirigé par l’université canadienne Simon Fraser et les universités australiennes Charles Darwin et James Cook, en partenariat avec l’Aquarium de Géorgie.

©Sauvegarde des Requins

Tendances des attaques de requins dans le monde

« Trends in global shark attacks » Etude de Stephen R. Midway  , Tyler Wagner , George H. Burgess, publiée le 27 février 2019

Traduction © Sauvegarde des requins

« Les humains ont toujours diabolisé les requins parce qu’ils sont insaisissables et vivent dans un environnement dont nous ne sommes pas originaire – la mer » George Burgess, directeur de l’Université de Floride. « Nous voudrions que les gens sachent que ces événements d’attaques de requins doivent être relativisés chaque fois qu’ils se produisent. Cette étude nous aide à prendre du recul et à regarder la situation dans son ensemble. « 

Les attaques de requins sont un phénomène mondial et massivement relayées avec des impacts négatifs sur les populations de requins. Les tendances des activités nautiques et des populations de requins sont liées, ce qui entraîne des taux variables d’attaques de requins dans le temps et dans l’espace. La compréhension de cette variabilité dans les attaques de requins peut contribuer à une meilleure compréhension du risque et à une réponse plus modérée à la suite d’une attaque. Nous avons constaté que les taux d’attaques mondiaux des requins sont faibles, mais variables d’une région à l’autre et au cours des décennies. On a constaté que les pays à faible population avaient les taux d’attaques les plus élevés, tandis que les pays à forte population (États-Unis, Australie, Afrique du Sud) avaient tendance à avoir des taux d’attaques globalement faibles, mais aussi une variabilité interannuelle beaucoup plus grande. Cependant, depuis les années 1960, les pays les plus peuplés tendent également à être les endroits où les taux ont augmenté. En fin de compte, le risque d’attaque des requins dépend également des conditions locales (par exemple, heure de la journée, espèces présentes) ; une compréhension à l’échelle mondiale des taux d’attaques permet de mettre le risque en perspective et peut contribuer à une approche scientifique de la gestion du risque, ainsi que de la gestion et de la conservation des requins.

Les requins sont un groupe diversifié de poissons cartilagineux qui suscite un intérêt scientifique et populaire important. Bien qu’elles soient le plus souvent associées à des habitats marins, certaines espèces occupent des habitats d’eau saumâtre et même d’eau douce et, dans de nombreux systèmes, les espèces de requins sont considérées comme des prédateurs méso (prédateur secondaire) ou apex (top prédateur). La plupart des espèces de requins sont particulièrement vulnérables à la surpêche (espèces cibles ou prises accessoires). Notre connaissance de la dynamique des populations de requins est limitée par rapport à celle de nombreuses espèces de téléostéens (poissons osseux), bien qu’il existe de bons exemples de surveillance des populations de requins – par exemple, le requin citron de Bimini (Negaprion brevirostris), le requin bordé (Carcharhinus limbatus) du golfe du Mexique et l’émissole gommée (Mustelus antarcticus) en Australie. En raison des lacunes dans les données biologiques et démographiques, des conclusions limitées ont parfois été tirées à partir de données limitées, ce qui a conduit à des évaluations contrastées des populations et favorise, malheureusement, la confusion entourant le statut et les tendances des populations individuelles de requins.

Les requins pointés du doigt par les humains…

En cause les « attaques de requin ». Bien que la plupart de ces interactions résultent dans le cas de blessures mineures similaires à celles provoquées par une morsure de chien, environ 6 des 75 à 100 attaques non provoquées qui se produisent actuellement chaque année dans le monde entraînent le décès. En dépit de sa rareté relative, les attaques de requins sont un phénomène culturel qui suscite un vif intérêt dans les médias populaires. Des mythes et des idées fausses se perpétuent régulièrement à la télévision, dans des magazines et des journaux, ainsi que dans les médias sociaux.

Trois espèces de requins retiennent particulièrement l’attention : le requin Bouledogue (Carcharhinus leucas), le requin tigre (Galeocerdo cuvier) et le requin blanc (Carcharodon carcharias). Les biologistes doivent s’intéresser à ces espèces, car ce sont de grandes espèces migratrices à la répartition cosmopolite. La Liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) a classé les requins blancs dans la catégorie « espèce vulnérable » et les requins tigre et bouledogue dans la catégorie « Quasi menacée », bien que les données des populations individuelles de chaque espèce ne soient pas complétement renseignées. Compte tenu de la large distribution et de la nature hautement migratoire de ces 3 espèces, il est probable qu’une évaluation de la population mondiale doit être réalisée au moyen d’évaluations régionales complémentaires.

« Nous devrions penser au risque d’une attaque de requin comme à un accident de voiture. Par exemple, nous n’évaluons pas notre risque personnel d’avoir un accident de voiture dans les statistiques nationales sur les accidents de voiture année après année. Nous pensons à notre voiture, à la météo, aux conditions de la route et à d’autres facteurs très locaux », Stephen R. Midway.

Bien que les populations de requins soient mal définies, les interactions entre requins et humains sous la forme d’attaques non provoquées augmentent en nombre depuis plus d’un siècle et dans des lieux de plus en plus diversifiés. L’augmentation du nombre d’attaques – notamment aux États-Unis, en Australie et en Afrique du Sud – a été attribuée à l’augmentation de la population humaine et donc, à l’augmentation des activités de loisirs nautiques. En fait, bien que les médias populaires prétendent souvent qu’il y a de plus en plus d’attaques de requins, le risque réel peut effectivement diminuer dans certains endroits.

Il est important de comprendre à la fois le risque réel d’interaction Homme/requin et la manière dont ce risque varie dans le temps et dans l’espace. Parallèlement à une meilleure compréhension du risque par les autorités et le public, on souhaite un public informé dans les endroits où les populations de requins sont menacées, afin de ne pas en empirer le déclin. Notre objectif était de quantifier l’augmentation ou la diminution de la probabilité annuelle d’attaques de requin sur le plan national et régional. Au total, 14 pays et sept régions (sur un total de trois pays) ont été examinés.

Bien que l’augmentation de la population humaine puisse expliquer une certaine augmentation des attaques de requins, elle n’en explique pas tout. Il est probable que les populations de requins, le développement côtier et les conditions environnementales (entre autres facteurs) influencent les taux d’attaques des requins.

Dans l’ensemble, les tendances varient considérablement, sont fonction de nombreux facteurs sociaux et environnementaux interdépendants et les risques restent faibles. Toutefois, dans les régions très peuplées, comme les États-Unis ou le sud de l’Australie, les taux d’attaques de requins ont doublé au cours des 20 dernières années et, même s’ils restent relativement faibles, ils doivent être surveillés.

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